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Transition intercycle : développer la pratique réflexive des personnes étudiantes

Vous avez peut-être déjà remarqué que les personnes étudiantes peuvent se sentir démunies lors de leur passage du baccalauréat à la maitrise. En effet, les personnes étudiantes vivent plusieurs défis sur le plan scolaire lorsqu’il est question d’une transition intercycle, selon ce que rapporte un dossier du CAPRES (2020). C’est d’autant plus vrai lorsque le baccalauréat a fourni peu d’occasions de pratique réflexive.   

Défis des personnes étudiantes lors d’une transition intercycle

La motivation intrinsèque à réaliser son projet d’études supérieures peut être difficile à conserver, tout comme un fort sentiment d’efficacité personnel constituent un premier défi. Sans surprise, l’apprivoisement des études supérieures peut amener la personne étudiante à remettre en question non seulement sa volonté de les poursuivre mais également à douter de son sentiment d’être capable de mener à terme son projet. Avoir des buts à long terme (identité vocationnelle) est un facteur facilitant puisqu’ils influencent positivement la motivation, tandis que l’absence de tels but aura des effets négatifs.

Un autre des défis à relever concerne le fait de bien connaitre son environnement scolaire. Ainsi, il est possible d’imaginer qu’une personne étudiante qui change d’université pour le passage à un cycle supérieur aura une plus grande adaptation à faire à son arrivée dans son nouveau milieu et ce, en plus de s’approprier les cours du programme choisi.

Le défi scolaire sur lequel nous nous pencherons particulièrement dans cet article concerne le passage d’habiletés de « connaissance » (mémoriser, nommer, etc.) qui sont d’un niveau simple à des habiletés d’« évaluation » (comparer, critiquer, justifier, etc.), considérés d’un niveau complexe. Comment pouvons-nous aider les personnes étudiantes à réfléchir pour atteindre ce niveau de complexité nécessaire aux études supérieures?

Agir en amont

Plusieurs solutions existent, mais pensons d’abord à agir en amont. Il est possible d’inciter les personnes étudiantes dès le baccalauréat à emprunter une pratique réflexive qui fait appel à un niveau de cognition plus complexe. La mise en place de pédagogies actives qui mettent la personne étudiante face à une situation authentique peut l’amener à évaluer une situation, à justifier ses actions, etc. L’utilisation du portfolio est alors un bon outil pour que la personne apprenante fasse part de ses réflexions ou porte un regard sur elle-même dans le but de développer des habiletés réflexives de haut niveau.

Processus en développement

Développer de telles habiletés complexes s’inscrit dans un processus et non dans une finalité. Comment poursuivre ce processus de développement lors d’un changement de cycle?

Une des premières choses à considérer pour l’accueil des personnes étudiantes à la maîtrise est de leur expliquer le changement de paradigme en s’appuyant sur les finalités de formation que nécessite le passage à un cycle supérieur. Rendre explicites les attentes concernant le niveau de cognition à développer pourra préparer la personne étudiante à l’ajustement, plus ou moins grand, qu’elle devra faire pour répondre aux exigences.

Il est préférable de soutenir le processus de transition par une gradation dans la complexité des exigences. Ainsi, au départ, l’explication par la personne enseignante du fonctionnement de sa propre métacognition pour bien démontrer aux personnes étudiantes le « comment réfléchir » semble une avenue à considérer. Donner des intentions de lecture avec, par exemple, une question clé pouvant guider celle-ci, ou simplement le fait de poser des questions ouvertes pour faire réfléchir les personnes étudiantes en classe sont des exercices simples à mettre en pratique. Un espace de réflexion par le dialogue en classe est une bonne porte d’entrée. Pour les esprits plus visuels, la conception de cartes conceptuelles pour faire des liens entre les contenus est un excellent moyen de réfléchir afin de comparer, critiquer ou justifier. Bien entendu, une rétroaction rapide de la part de la personne enseignante ou d’un pair est un incontournable pour faire évoluer les capacités réflexives.

Après plusieurs activités pour mettre en application la pratique réflexive et le développement d’habiletés de niveau élevé, il va de soi que l’évaluation suit. L’établissement de critères de correction et surtout leur explication aux personnes étudiantes répondent à la logique d’expliciter ses attentes comme énoncé plus haut. Ainsi, avoir des exemples du niveau de réflexion attendu peut être un atout.

Le passage intercycle des personnes étudiantes peut représenter une plus ou moins grande marche à monter pour certaines d’entre elles. Dans cette optique, il peut être intéressant de s’intéresser à leur maturité non pas en termes d’âge mais plutôt en termes de maturité cognitive. Ne perdons pas de vue qu’une personne étudiante apprend et atteint des niveaux cognitifs élevés selon ses capacités. Prenons-les où ils sont, en les guidant vers leurs apprentissages pour développer ensuite leur plein potentiel réflexif.

Références

Dias, M. (2010). Stratégies faciles pour aider vos étudiants et étudiantes à penser de façon critique. Centre de pédagogie universitaire de l’Université d’Ottawa.

Motoi, I. (2016). Mettre en mouvement pédagogiquement la pensée critique. Le tableau, 5(5), 1-2.

Gagnon, M. (2020). La formation de la pensée à l’école : vers une dialogique entre le générique et le spécifique. Dans M. Gagnon et A. Hasni (dir.), Pensées disciplinaires et pensée critique : enjeux de la spécificité et de la transversalité pour l’enseignement et la recherche. (p. 17-42). Montréal, Québec. Cursus Universitaire.

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