Warning: call_user_func_array() expects parameter 1 to be a valid callback, class '' not found in /home/perspectiv.04524/public_html/wp-includes/class-wp-hook.php on line 324
Le diplôme ou la planète? – Perspectives SSF
Magazine SSF

Le diplôme ou la planète?

Entreprendre des études universitaires et les réussir, c’est probablement le rêve des millions de personnes qui s’investissent dans des programmes d’études postsecondaires. Pourtant, la réussite du projet d’études est tributaire de nombreux facteurs institutionnels, personnels, sociétaux, etc. Notamment, lorsque le contexte sociétal – plus particulièrement les enjeux de développement durable – s’ajoutent aux facteurs de réussite. Du point de vue des personnes étudiantes, selon la vision qu’elles ont du mot « réussite », l’absence d’enjeux de développement durable significatifs dans les programmes de formation peut amener un important contraste entre projets d’études et projets de vie. Vaut-il la peine de s’atteler à obtenir un diplôme alors que la planète brûle?  

On nous dit de faire des études pour avoir une carrière, pour faire de l’argent, pour nous acheter une maison, pour fonder une famille. Mais quelle carrière? De l’argent pour acheter quoi? Quelle maison pour ceux et celles qui ne viennent pas d’une famille riche? Quelle famille si notre envie d’en avoir une s’érode à chaque canicule, à chaque feu de forêt, à chaque sécheresse, à chaque tsunami? Et que dire des inégalités grandissantes.

Cette anormalité est-elle le signe d’une nouvelle normalité? 

Quoi qu’il en soit, les changements climatiques sont une préoccupation majeure pour plusieurs personnes étudiantes. L’ampleur de cette inquiétude peut varier, passant d’une sensation de stress à un sentiment de désespoir total, voire une perte de confiance dans l’avenir. C’est ce qu’expriment Jacob Pirro et Isabelle Grondin Hernandez dans une lettre ouverte publiée en 2022 « Lâcher l’école? Parce que le système nous a déjà lâchéEs! » sur le site medium.com. Au moment de la parution de cette lettre, ces deux personnes étudiantes (parmi d’autres), percevaient de moins en moins l’utilité d’étudier en raison de la menace des changements climatiques et de la lenteur des réactions face à celle-ci.   

Notre génération n’a pas le temps de finir un bac : la crise climatique est une boule de neige qui prend de la vitesse. Nous lâchons l’école parce que le système nous a lâchées. Parce que nos luttes sont le seul espoir d’un avenir meilleur. D’un avenir tout court.

Cette lettre, que d’aucuns qualifieront d’alarmiste, vaut la peine d’être lue. Certaines personnes aux études ou nouvellement finissantes cherchent de plus en plus de moyens pour militer activement, parfois au détriment de leur formation académique. Quitter l’école ou donner moins d’importance aux activités académiques dans son horaire devient une forme de résistance, de lutte contre la passivité de celles et ceux qui ont le pouvoir d’intervenir pour sauver la planète. Peu à peu, l’éducation formelle devient perçue comme un obstacle, empêchant de militer à temps plein pour un futur viable.  

Le temps (limité) de militer 

Une initiative faisant suite à la lettre ouverte mentionnée plus haut a mené plusieurs personnes étudiantes à offrir leurs témoignages où, clairement, éducation et lutte aux changements climatiques s’opposent. Pour celles-ci, aller à l’université ne permet plus nécessairement de réaliser un projet de vie porteur de sens. Le temps est compté et le temps passé sur les bancs d’école est du temps qui n’est pas consacré à la lutte contre les changements climatiques. 

Il est vrai qu’un certain sentiment d’urgence caractérise le mouvement de la lutte contre les changements climatiques, pour la transition socioécologique et plus largement, pour le développement durable. Cette urgence « d’agir pour sauver le monde » nous est constamment rappelée. Tous les échéanciers sont courts. D’ici 2030, les États devraient :  

  • Avoir réduit de 43 % les émissions de gaz à effet de serre selon le GIEC1  pour limiter les effets dramatiques du changement climatique (United Nations Framework Convention on Climate Change, s.d.); 
  • Avoir atteint les 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU ou du moins, fait des progrès substantiels; 
  • Avoir négocié un cadre mondial efficace et ambitieux pour combattre l’érosion de la biodiversité et l’effondrement des écosystèmes (Scientifique en chef du Québec, 2021);  

Tout ceci, alors que depuis le 15 mars nous vivons sur « la carte de crédit » de la Terre ; le 15 mars 2024 étant le jour de dépassement au Canada selon l’organisation Équiterre. (La Presse, 2024).  

Nous pouvons continuer à énumérer ainsi une liste de moments clés qui pourraient être déterminants pour l’avenir. Le vocabulaire peut être déchirant : des points de bascule, de non-retour, des dommages potentiellement irréversibles, etc. Comment alors ne pas être rongés par l’anxiété lorsque se rapprochent ces échéances et que la pression s’accroît sur les individus? 

Quel rôle pour l’enseignement supérieur?  

De plus en plus de Jacob Pirro et d’Isabelle Grondin Hernandez seront absents de nos classes si, collectivement, nous ne réalisons pas les changements nécessaires. Notre rôle, en tant que membres du personnel de l’enseignement supérieur, est de reconnecter les ambitions personnelles des personnes étudiantes au pouvoir d’agir que confèrent les études. Nous devons les aider à réconcilier leurs projets de vie menacés avec leur capacité de contribuer à créer un futur viable et agréable. Les moyens que nous avons à notre disposition sont des dispositifs pédagogiques variés qui leur donneront des connaissances et des compétences en matière de développement durable. Il existe de nombreuses possibilités afin de mettre les personnes étudiantes en action de différentes manières sur une panoplie d’enjeux et dans toutes les disciplines. Plusieurs cadres de référence, disciplinaires ou non, permettent d’introduire des enjeux de développement durable auprès des personnes étudiantes dans le cadre de leurs formations.  

Les études postsecondaires au Québec sont prometteuses 

Elles offrent de multiples avantages aux personnes étudiantes dans la création d’un parcours porteur de sens pour elles. Les activités pédagogiques de différents natures sont autant d’occasions d’aborder et de mettre en pratique des savoirs liés à des problématiques réelles et authentiques. Les programmes d’études recourant à des méthodes pédagogiques actives telles les approches par projet, par problèmes, les études de cas, les simulations, etc. contribuent à l’atteinte de cet objectif.  Ainsi, le Défi du Gouverneur de la Banque du Canada est un excellent exemple d’actualité, car en ces temps d’inflation et de débats sur la politique monétaire canadienne, nous avons certainement besoin d’économistes sensibilisés et formés aux liens entre l’économie et les autres dimensions du développement durable, à savoir le social et l’environnement. D’ailleurs, comme le mentionnent plusieurs érudits de la pédagogie, les situations d’enseignement et d’apprentissage authentiques favorisent la motivation, l’engagement et la persévérance des personnes étudiantes (Ambrose et coll., 2010, p.66-90; Ménard et St-Pierre, 2014, p.235-250).  

Le diplôme ET la planète? 

Pour nos personnes étudiantes qui se demandent : « à quoi bon passer trois années à poursuivre des études universitaires au lieu de militer dans la rue ? », nous répondons que ces deux voies ne sont pas opposées, mais complémentaires à bien des égards. L’enseignement supérieur a énormément à offrir à celles et ceux qui se donnent une chance d’apprendre. Les occasions à saisir sont multiples alors que l’éducation en vue du développement durable nous fournit des repères sur les entrecroisements entre pédagogie et développement durable (UNESCO, 2017).  

Autant la rue a besoin de ses militantes et militants, autant la transition socioécologique a besoin de cerveaux pour penser et de bras pour réaliser. Après tout, le développement durable ne se définit-il pas comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs? » (Commission mondiale sur l’environnement et le développement, 1987.) 

Références 

Ambrose A. Susan, Bridges W. Michael, Dipietro Michele, Lovett C. Marsha, Norman K. Marie. (2010). How Learning Works: Seven Research-Based Principles for Smart Teaching. The Jossey-bass higher and adult education series. P66-90.  

Commission mondiale sur l’environnement et le développement. (1987). Notre avenir à tous. 

La presse. (2024). Le Canada se dépasse de la pire des façons. https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2024-03-15/jour-du-depassement/le-canada-se-depasse-de-la-pire-des-facons.php  (consulté en ligne le 18 mars 2024)  

Ménard L., St-Pierre L. (2014). Se former à la pédagogie de l’enseignement supérieur. Association québécoise de pédagogie collégiale. Dans Chapitre 9, p235 – 250 de Rolland Viau. 

Scientifique en chef du Québec. (2021). 3 choses à savoir sur la crise de la biodiversité. https://www.scientifique-en-chef.gouv.qc.ca/impact-recherche/3-choses-a-savoir-sur-la-crise-de-la-biodiversite/ (consulté en ligne le 18 mars 2024) 

UNESCO. (2017). L’éducation en vue des objectifs de développement durable : objectifs d’apprentissage.  

Articles Similaires

Des facteurs favorables à la réussite étudiante

Josée-Anne Côté

Une essentielle occasion de réflexion sur l’apprentissage intégré au travail  

Jean-Sébastien Dubé

Comment bien travailler en équipe? Une activité ludique pour le découvrir!

Josée-Anne Côté

Ajouter un commentaire